Utiliser Thinking pour reformuler un email
C'est mettre un V8 sur un trajet de 500 mètres. Modèle léger suffit, et économise 80 % de la consommation.
Watts-heures, litres d'eau et travail humain : ce qu'une requête coûte vraiment.
Les datacenters consommaient 415 TWh en 2024 et atteindront environ 945 TWh en 2030 selon l'AIE, l'IA étant le premier moteur de cette hausse. Mais l'électricité n'est qu'un des trois coûts d'un prompt.
Promesse
Vous saurez estimer l'ordre de grandeur Wh d'une requête IA et appliquer cinq réflexes pour réduire votre empreinte.
Pourquoi maintenant
Le rapport Energy and AI de l'Agence internationale de l'énergie chiffre la trajectoire : les datacenters consommaient 415 TWh en 2024, soit 1,5 % de l'électricité mondiale, et devraient atteindre 945 TWh en 2030. L'IA est identifiée comme le premier moteur de cette hausse, sans que le rapport isole la part exacte des sites qui lui sont dédiés. À titre de comparaison, la France entière consomme environ 460 TWh par an, tous usages confondus.
C'est désormais un sujet RSE concret pour les entreprises : engagements climat, bilans carbone, politiques d'achat responsable doivent intégrer l'usage IA. Microsoft a signé des PPA nucléaires pour ses sites français, sécurisant 10 à 15 ans d'approvisionnement décarboné. Le sujet est sorti du laboratoire.
Le concept central
Un prompt mobilise deux postes énergétiques. D'abord l'inférence sur GPU : votre requête est traitée par un modèle hébergé sur des cartes graphiques de plusieurs centaines de watts, qui calculent token par token. Ensuite le refroidissement du datacenter : ces GPU dégagent une chaleur considérable qu'il faut évacuer en permanence (climatisation, watercooling).
Un facteur multiplicateur s'ajoute selon le modèle. Un modèle léger (Haiku, Mistral Small, Gemini Flash) tourne sur des GPU plus petits ou plus brièvement. Un modèle Thinking ou agentique mobilise plusieurs étapes de calcul successives, donc plus de Wh par requête.
Ordres de grandeur 2026
Ces chiffres sont des ordres de grandeur, pas des mesures précises. Ils dépendent du fournisseur, de la longueur du prompt, du modèle exact, du datacenter. Une requête simple et une recherche Google sont du même ordre de grandeur. C'est en montant vers le raisonnement étendu puis les agents multi-étapes que l'écart se creuse.
| Type de requête | Wh par requête |
|---|---|
| Recherche Google classique | ~0,3 Wh |
| Requête chatbot simple | ~0,3 Wh |
| Requête raisonnement étendu (GPT-5.6 Sol High) | 2 à 4 Wh |
| Génération d'image | 5 à 10 Wh |
| Agent IA multi-étapes | 30 à 100 Wh |
Au-delà des Wh
Refroidir un datacenter consomme de l'eau, et les chiffres publiés varient d'un facteur mille selon ce qu'on accepte de compter. OpenAI avance 0,3 millilitre par requête, Google 0,26 millilitre pour une requête texte. Une étude de l'université de Californie à Riverside aboutit à environ 500 millilitres pour une réponse de cent mots.
L'écart n'est pas une contradiction, c'est une différence de périmètre. Les éditeurs comptent l'eau du refroidissement sur site. Les chercheurs y ajoutent celle consommée par la centrale qui produit l'électricité. Retenez l'ordre de grandeur du second : c'est celui qui correspond à l'empreinte réelle.
L'indicateur à connaître est le WUE, en litres d'eau par kWh de calcul. Il vaut environ 1,8 pour le parc américain moyen, 1,15 pour les datacenters IA de Google, 0,15 pour AWS. Un écart de plus de dix entre opérateurs, sur une ressource qui se raréfie là où les sites s'installent.
Un modèle n'apprend pas seul à refuser une demande violente ou à préférer une réponse à une autre. Des personnes annotent, notent et filtrent, en amont de l'entraînement et après lui. Ce travail est massivement sous-traité, souvent en Afrique de l'Est, pour une rémunération de l'ordre d'un dollar de l'heure.
Une partie consiste à visionner ce qui doit être écarté : violence, abus, contenus traumatiques, à raison d'un élément toutes les cinquante-cinq secondes sous surveillance chronométrée. En avril 2026, Sama, prestataire historique de Meta à Nairobi, a licencié plus de mille personnes après la rupture de son contrat. L'autorité britannique de protection des données a par ailleurs ouvert une enquête sur le partage de contenus sensibles avec des annotateurs humains.
Ce coût-là ne se mesure pas en watts-heures et n'apparaît sur aucune facture. Il ne change pas la décision d'utiliser l'IA, mais il change ce qu'on peut honnêtement dire de son prix.
Méthode
Cinq gestes simples, à intégrer dans votre routine. Du moins coûteux (modèle adapté) au plus structurel (déléguer moins).
Haiku, Mistral Small, Gemini Flash, GPT-5.6 Luna pour reformuler ou résumer court.
Deux phrases au lieu de dix quand le contexte le permet. Moins de tokens, moins d'inférence.
Ne demandez pas cinq variantes quand une seule suffit. Chaque variante coûte une inférence.
Groupez plusieurs questions dans un seul prompt plutôt que cinq messages distincts.
Si écrire prend 30 secondes, ne déléguez pas. Réservez l'IA aux tâches à fort levier.
Comparaison fournisseurs
Sur la plupart des plateformes, le coût €/M tokens corrèle avec le coût énergétique : un modèle plus cher est aussi plus consommateur.
| Modèle | Tarif input/output ($/M tokens) | Wh par requête |
|---|---|---|
| Mistral Small | ~0,2 / 0,6 | très faible |
| Anthropic Haiku | ~0,8 / 4 | très faible |
| OpenAI GPT-5.6 Luna | ~0,2 / 1,2 | très faible |
| Mistral Medium 3.5 | ~2,5 / 7,5 | moyen |
| Anthropic Sonnet 5 | ~3 / 15 | moyen |
| OpenAI GPT-5.6 standard | ~5 / 30 | moyen-élevé |
| Anthropic Opus 5 | ~5 / 25 | élevé (Thinking) |
Un modèle 10 fois moins cher est souvent 5 à 10 fois moins consommateur. Le critère économique recoupe le critère énergétique. Sources : openai.com/api/pricing, anthropic.com/pricing, mistral.ai/pricing (août 2026).
À éviter
C'est mettre un V8 sur un trajet de 500 mètres. Modèle léger suffit, et économise 80 % de la consommation.
Chaque alternative est une nouvelle inférence. Limitez-vous à ce que vous devez vraiment comparer.
Un modèle agentique consomme 3 à 10 fois plus qu'une requête simple. Un agent qui exécute 8 étapes consomme presque 8 fois plus. À réserver aux gains substantiels.
Exemple complet
Un utilisateur intensif a relu ses sept derniers jours d'échanges. Cent quarante-trois messages envoyés. Voici ce que le tri a donné.
Trente et un messages qui n'auraient pas dû exister. « Reformule », « plus court », « en fait non, reprends ». Chacun relance une génération complète. Le premier prompt était mal cadré, et les trente et un suivants ont payé cette économie de trente secondes.
Dix-neuf messages pour des tâches de dix secondes. Corriger une faute d'accord, trouver un synonyme, convertir une date. Écrire la question a pris plus de temps que faire la chose.
Vingt-deux messages qui auraient tenu en cinq. Cinq questions posées séparément sur le même document, alors qu'un seul message les regroupant aurait donné de meilleures réponses, le modèle disposant du contexte complet.
Le reste, soixante et onze messages, était justifié.
La moitié du volume était donc évitable, et le gain n'est pas seulement écologique : les échanges regroupés donnent des réponses plus cohérentes que la même question découpée en cinq.
8 questions. 60 % de bonnes réponses pour valider la leçon.
Synthèse
Mise en pratique
Reprenez vos cinq dernières requêtes IA. Pour chacune, estimez si vous avez utilisé le bon modèle (léger, moyen, Thinking) ou si vous avez sur-dimensionné. Identifiez la requête où vous auriez pu basculer sur un modèle léger sans perte de qualité.
Critère de réussite : vous appliquez au moins 3 des 5 réflexes sur votre prochaine séance IA, et vous savez chiffrer en ordre de grandeur ce que vous économisez.
Une requête simple pèse moins d'un wattheure, soit l'ordre de grandeur d'une recherche Google : Google mesure 0,24 Wh par prompt texte médian sur Gemini, Epoch AI environ 0,3 Wh pour une requête typique, et les modèles frontière de 2026 se situent entre 0,6 et 0,85 Wh. L'écart entre un modèle léger et un modèle de raisonnement reste, lui, d'un facteur 5 à 10.
Cinq réflexes : choisir un modèle adapté plutôt que le plus gros, écrire un prompt court, éviter les reformulations en série, grouper les demandes, et renoncer à l'IA quand elle n'apporte rien.
Les éditeurs annoncent 0,26 à 0,3 millilitre par requête, en ne comptant que le refroidissement sur site. Une étude de l'université de Californie à Riverside aboutit à environ 500 millilitres pour une réponse de cent mots, en y ajoutant l'eau consommée par la centrale qui produit l'électricité. C'est ce second périmètre qui reflète l'empreinte réelle.
Des travailleurs sous-traités, souvent en Afrique de l'Est, rémunérés autour d'un dollar de l'heure. Ils annotent, notent les réponses et filtrent les contenus violents, à cadence chronométrée. Ce coût n'apparaît sur aucune facture et ne se mesure pas en watts-heures.
Non, mais mieux vaut savoir ce que ça coûte. Une requête simple pèse quelques wattheures, l'équivalent de quelques minutes d'une ampoule LED. Le problème n'est pas la requête isolée, c'est le réflexe de sortir un modèle lourd pour une tâche triviale, à l'échelle de millions d'utilisateurs. Choisir le modèle adapté est le geste qui compte.